Médecine sur mesure, la préhabilitation chirurgicale : « Se préparer, c’est déjà guérir un peu. »
La préhabilitation chirurgicale est un programme personnalisé de préparation préopératoire visant à améliorer les capacités fonctionnelles du patient avant une intervention chirurgicale majeure. À la Clinique Saint-Luc Bouge, le Dr Éric Deflandre, directeur médical de l’institution, y croit beaucoup :
« Pour l’instant, nous l’appliquons chez 1 à 3 % de nos patients. »
Les bénéfices sont scientifiquement démontrés : réduction des complications, diminution de la durée d’hospitalisation, amélioration de la récupération fonctionnelle, amélioration de la qualité de vie à court, moyen et long terme.
« Si nous pouvons amener le patient à avoir une meilleure fonction respiratoire, avec une meilleure masse musculaire (parce que les études montrent que les patients perdent toutes et tous de la masse musculaire en postopératoire), avec une meilleure endurance… le patient supportera mieux les étapes médicales auxquelles il sera confronté. »
Un autre aspect essentiel est l’activité physique.
« Les exercices que le patient aura appris, pratiqués avant l’opération, seront un atout pour sa récupération. »
À cela s’ajoutent les suppléments nutritionnels pour restaurer les réserves énergétiques, voire même les augmenter :
« Au moment de l’opération et de la phase postopératoire, des pertes à ce niveau sont constatées. »
Il est aussi essentiel d’agir sur les facteurs de risque :
« Voici 10 ans, les professionnels de santé expliquaient au patient qu’il devait arrêter le tabac au moins 8 à 10 semaines avant l’opération pour que cette démarche soit efficace. À présent, les études ont démontré que cet arrêt, aussi court soit-il, même 2-3 jours avant l’opération, est déjà bénéfique. »

Un soin personnalisé
Parmi toutes les réflexions autour du patient pour améliorer les différentes phases, il existe évidemment le soutien psychologique :
« Cette approche peut aider les patients à rester dans le programme jusqu’au bout. »
La personnalisation du soin entre en compte :
« Chaque soignant, chaque équipe de soins se trouve face à un patient, une famille. Nous devons garder de la souplesse pour amener un soin personnalisable et de qualité. Nous y accordons une très grande importance : le Tailoring, comme cela se dit en anglais : c’est vraiment, pour chaque patient, tailler un costume sur mesure. Il s’agit d’une des clés du succès : adapter le traitement pour qu’il soit plus confortable pour le patient et garder son adhésion. »
Un exemple suffit pour bien expliquer la complexité de cette approche et le rôle du patient pour qu’elle réussisse :
« Si un patient fume 100 cigarettes, l’arrêt est forcément plus que requis. Mais si vous arrivez déjà à ce qu’il n’en fume plus que 10 avant l’opération, la qualité du soin progresse. Évidemment, idéalement, le patient ne doit plus fumer. La priorité est que le patient suive son programme (kinés, apports nutritionnels…) jusqu’au bout afin qu’il en retire tous les bénéfices : moins de complications, moins de durée d’hospitalisation, une meilleure récupération… »
Enfin, cette prise en charge peut aussi aider certains patients, avec une fragilité toute particulière, confrontés à une chirurgie moins lourde.
La préhabilitation chirurgicale constitue une avancée majeure dans la médecine périopératoire.
« Elle transforme le patient d’un simple receveur de soins en un acteur de sa propre santé, impliqué activement dans l’optimisation de ses résultats chirurgicaux. Elle repose sur un partenariat entre le patient et son équipe soignante. Se préparer, c’est déjà guérir un peu. »
conclut le Dr Deflandre.
Les quatre piliers de la préhabilitation :
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L’activité physique
L’exercice physique constitue l’élément principal de la préhabilitation.
Un programme d’exercices adaptés, généralement réalisé pendant 2 à 4 semaines avant la chirurgie, permet d’améliorer la capacité cardiovasculaire, la force musculaire et l’endurance. -
L’optimisation nutritionnelle
Un accompagnement nutritionnel permet de corriger d’éventuelles carences, d’optimiser l’apport en protéines pour favoriser la cicatrisation et d’optimiser le poids corporel. -
Réduire les facteurs de risque
Principalement le tabac et l’alcool. -
Le soutien psychologique
La dimension psychologique ne doit pas être négligée.
Les techniques de gestion du stress, la relaxation et l’accompagnement psychologique aident les patients.
Une bonne préparation mentale améliore également l’adhésion du patient au programme. -
Personnalisation
La médecine personnalisée prend tout son sens pour améliorer l’état du patient avant et après l’opération.
Pour quels types de chirurgie ?
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Chirurgie cardiaque : pontages coronariens, remplacement valvulaire
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Chirurgie abdominale et colorectale : résections intestinales, chirurgie oncologique (cancer du côlon, estomac, foie, pancréas, …)
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Chirurgie thoracique : résections pulmonaires
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Chirurgie orthopédique majeure : Prothèse Totale du Genou (PTG), Prothèse Totale de la Hanche (PTH), Prothèse Totale de l’Épaule (PTE), chirurgie majeure de la colonne
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Et plus largement, toute intervention chez un patient présentant une fragilité, une maladie chronique ou une perte de condition physique.