« La déprescription médicamenteuse n’est pas l’apanage du gériatre », pose d’emblée le Dr Nathan Gomrée, gériatre tout récemment arrivé à la Clinique Saint-Luc Bouge. « Cette thématique est déjà abordée dans notre formation commune de médecine. Tous les médecins ont les clés en main pour s’y attaquer. En partenariat avec nos confrères et consœurs médecins généralistes, la déprescription doit être au cœur de nos pratiques dans l’intérêt de nos patients avant tout, mais aussi de la sécurité sociale et de notre planète »
Dès ses études de médecine et sa spécialisation en gériatrie, le Dr Nathan Gomrée a été sensibilisé à la problématique de la polymédication, surtout chez la personne âgée mais pas que… « En Belgique, en 2021, on considérait que 13% de la population générale était polymédiquée (c’est-à-dire prenait au moins 5 médicaments). Et si l’on se penche plus spécifiquement sur les plus de 65 ans, on arrive à 43,4% », rapporte le gériatre.
Une collaboration gériatre / médecin généraliste / patient indispensable
« Il s’agit donc d’une problématique plus présente chez les patients gériatriques, mais qui concerne aussi les patients plus jeunes. C’est là que nos confrères généralistes ont un rôle essentiel à jouer. Ils ont toute l’expertise nécessaire et tous les outils à leur disposition pour initier ce processus », souligne le Dr Gomrée. « Par ailleurs, les gériatres sont aussi là pour aider les médecins généralistes dans des processus de déprescription plus complexes, comme des patients chez qui plusieurs médicaments doivent être déprescrits en même temps, des déprescriptions de médicaments qui entraînent un risque de sevrage, … Sans oublier le pharmacien qui peut aussi apporter une aide intéressante avec la revue de médication ».
En outre, le gériatre souligne aussi l’importance d’une bonne communication en la matière entre gériatres et médecin généraliste: « Cette communication est importante et doit se faire dans les deux sens. D’une part, il est essentiel que les patients arrivent à la consultation chez nous avec une liste mise à jour de leurs médicaments. A cet égard, on remarque que nos confrères généralistes y attachent de plus en plus d’importance. D’autre part, en tant que médecins hospitaliers, nous devons aussi veiller à communiquer de manière efficace aux généralistes les changements que nous initions chez leurs patients en mentionnant le pourquoi ».
Troisième acteur dans ce processus, le patient qui doit aussi être au cœur de cette déprescription. « La clé du succès de la déprescription réside dans le fait que le patient en soit demandeur également et en comprenne les tenants et aboutissants », ajoute Nathan Gomrée.
Un bénéfice économique mais aussi environnemental
Dans son mémoire de fin d’études, le Dr Gomrée s’est intéressé à l’impact environnemental des médicaments. « L’une des façons de pouvoir réduire l’impact environnemental des médicaments que nous utilisons dans notre pratique médicale, c’est bien sûr la déprescription. Les médicaments pour lesquels il n’y a plus d’indication chez le patient, les médicaments qui entraînent des effets indésirables chez le patient, ou encore des médicaments pour laquelle la durée de traitement est dépassée peuvent être arrêtés avec un bénéfice économique à la fois pour le patient et la société de manière générale, mais aussi avec un bénéfice environnemental », note Nathan Gomrée.
Dans le cadre de la prise de conscience nationale de la nécessité de réduire notre empreinte carbone, le gériatre a réalisé un calcul relatif à la prescription d’IPP : « Rien que pour le secteur ambulatoire, 450 millions de doses d’IPP ont été prescrites en 2023. Cela représente 8,1 % du volume total de prescription des médicaments en Belgique. Or, on considère que pour 30 à 40 % des patients sous IPP, il n’y a pas d’indication de traitement en continu. Si l’on prend l’impact carbone des IPP et que l’on en retire 30% de prescriptions non indiquées, on arriverait à réduire de 18.000 tonnes les émissions de CO2, soit 0,7% de l’objectif de réduction des émissions de CO2 pour le secteur de la santé à l’horizon 2030. »
Un projet intrahospitalier et extrahospitalier
En arrivant dans l’institution, le Dr Gomrée entend donner un coup d’accélérateur aux initiatives prises dans le sens de la déprescription via différents projets. « Au sein de l’hôpital, nous sommes en train de réfléchir aux différentes pistes possibles pour réduire notre prescription de médicaments, notamment d’antibiotiques. Mais ce n’est pas tout. Nous souhaitons aussi que notre politique de déprescription fasse tache d’encre à l’extérieur de nos murs en entraînant nos confrères généralistes dans la réflexion et dans l’action ».
Pour encourager cette déprescription, une communication scientifique à l’attention des médecins généralistes sur cette thématique sera prochainement organisée.