Lors du symposium à destination des médecins généralistes, organisé par la Clinique Saint-Luc Bouge le 30 novembre dernier, le Dr Pauline Sambon, interniste à la Clinique, a présenté quelques maladies systémiques et la conduite à tenir en médecine générale pour poser le diagnostic.
Dans cet article, nous reviendrons sur deux points forts de son exposé : le phénomène de Raynaud et la fièvre inexpliquée.
Le phénomène de Raynaud : bénin dans la plupart des cas mais…
Assez fréquent, avec une prédominance féminine, le phénomène de Raynaud est une affection bénigne dans la majorité des cas, qui survient sur des artères saines.
« Tout l’enjeu en cas de phénomène de Raynaud, c’est de ne pas méconnaître une cause secondaire qui pourrait avoir comme conséquence, par exemple, des nécroses digitales ou révéler une affection systémique sous-jacente. La sclérodermie est la pathologie systémique la plus fréquente à l’origine d’un phénomène de Raynaud secondaire. D’ailleurs, dans le cas de la sclérodermie, le phénomène de Raynaud est souvent la première manifestation de la maladie. Il conviendra donc de distinguer les phénomènes de Raynaud primitifs des secondaires », rapporte le Dr Sambon.
Comment faire ? « Ce qui sera plutôt en faveur d’un phénomène de Raynaud secondaire, c’est un début tardif à distance de l’adolescence chez un homme. Un phénomène de Raynaud qui entreprend le pouce, des troubles trophiques, des signes d’ischémie digitale, des nécroses, des ulcérations péri-unguéales, une abolition du pouls, un souffle vasculaire, une anomalie de l’examen au niveau des mains, … sont autant d’éléments qui peuvent indiquer que quelque-chose se cache peut-être sous ce phénomène de Raynaud », explique l’interniste.
Le Dr Sambon insiste sur l’importance de l’examen des mains. Ensuite, outre la biologie qui doit comprendre les CPK, le facteur rhumatoïde, les anticorps anti-CCP si on suspecte une cause rhumatismale, ou les ANCA si on suspecte plutôt une vascularite, les anticorps anti-phospholipides et la cryoglobuline, il faut toujours demander une radiographie des mains ainsi que du thorax pour exclure un élargissement médiastinal ou un épanchement pleural.
Fièvre inexpliquée
«On considère une fièvre inexpliquée comme un température supérieure ou égale à 38,3°C, qui dure depuis plus de trois semaines chez un patient immunocompétent », rappelle le Dr Sambon.
Les trois étiologies principales sont les causes infectieuses, les causes tumorales et les causes inflammatoires systémiques. « Il vaut toujours mieux rechercher une présentation atypique d’une maladie fréquente plutôt qu’une maladie rare », souligne l’interniste.
Au niveau de l’anamnèse, Pauline Sambon préconise d’interroger le patient sur la prise de certains médicaments pouvant être responsables de fièvre médicamenteuse, puis de creuser les voyages récents, les antécédents familiaux, la pratique de sport, une consultation chez le dentiste, … Quant à l’examen clinique, il doit surtout être ciblé sur les mains, la peau et les zones ganglionnaires.
« Au niveau de la biologie, on va ajouter aux analyses classiques l’électrophorèse des protéines sériques, pour diagnostiquer un pic monoclonal, mais aussi pour voir s’il n’y a pas une hypo ou une hypergammaglobulinémie qui peuvent nous orienter vers certaines causes spécifiques. Envisagez toujours la tuberculose en cas d’exposition à risque ou de voyage évocateur. Si vous êtes devant une suspicion d’endocardite, prescrivez trois paires d’hémocultures. En outre, un bilan immunologique et une analyse d’urine sont toujours indispensables », détaille le Dr Sambon.
Il nous est impossible de détailler davantage cette présentation dans cette newsletter, mais retenons l’importance d’une démarche diagnostique rigoureuse face aux maladies systémiques. Le médecin généraliste joue un rôle crucial dans le dépistage précoce de ces pathologies.