Samedi 30 novembre dernier, la Clinique Saint-Luc Bouge organisait un symposium à destination des médecins généralistes. Nous nous arrêtons ici sur l’exposé de Martin Delie, psychologue au sein du service d’Oncologie à la Clinique, qui a donné quelques conseils concrets pour annoncer une maladie grave de la meilleure façon possible.
On fait souvent l’amalgame entre annonce d’une mauvaise nouvelle et annonce d’une maladie grave. Or, il convient de faire la part des choses : « Une mauvaise nouvelle, c’est une nouvelle qui va profondément et négativement modifier la vision qu’un patient a de lui-même et de son avenir. C’est une notion extrêmement subjective, qui dépendra – par définition – de l’annonce, et qui variera d’un patient à l’autre. Il faut bien se rendre compte qu’annoncer une maladie grave à un patient n’est pas forcément vécu comme une mauvaise nouvelle », souligne Martin Delie.
« Il m’est arrivé de rencontrer des patients qui avaient vécu leur annonce de diagnostic de cancer comme rassurante parce qu’elle permettait d’expliquer leurs importantes douleurs, jusque-là incomprises, et de définir une perspective », poursuit le psychologue. « De manière générale, plus un patient se sent en bon état de santé, plus le contraste sera important si on lui annonce une maladie grave et donc plus la probabilité est élevée qu’il le vive mal et inversement.»
Comment s’y prendre concrètement ?
Malheureusement il n’y a pas de recette miracle, mais il y a des manières de faire qui sont moins dévastatrices que d’autres. « EPICES » est un acronyme qui peut vous aider à retenir les ingrédients essentiels.
Le E pour Environnement : Où allez-vous annoncer cette maladie grave à votre patient ? « Il faut un lieu qui permet de l’intimité et pouvoir idéalement vous asseoir avec le patient. Cela indique aussi que vous allez prendre du temps. C’est plus facile aussi d’être dans une relation d’empathie quand on est relativement proche. Idéalement, sans objet entre vous et le patient. Essayez d’éviter aussi les interruptions sonores, donc coupez votre téléphone », conseille le psychologue.
Le P pour Perception : L’idée ici est de pouvoir explorer où en est votre patient tout simplement. « Donc avant même que vous lui fassiez l’annonce, il est important de voir ce qu’il a déjà compris et retenu de sa propre situation médicale. Cela va vous permettre de déterminer où il en est dans son cheminement psychologique, de pouvoir le rejoindre et de continuer ce cheminement avec lui. En demandant au patient ce qu’il a compris de sa situation médicale, on sera parfois fort étonné d’entendre qu’il n’est pas du tout là où on imaginait qu’il soit. Il a peut-être déjà compris beaucoup plus de choses ou à l’inverse, il va être fort étonné de ce que vous allez devoir lui annoncer », relève Martin Delie.
Le I pour Invitation : Le but de cette étape est de pouvoir vérifier que votre patient est prêt à entendre ce que vous allez lui dire, qu’il est en tout cas ouvert à la discussion. « Vous pouvez simplement lui demander si cela lui convient de prendre un moment ensemble maintenant pour discuter de sa situation médicale. En tant que généraliste, une fois que le patient est chez vous, il y a de bonnes chances que la réponse soit oui, mais c’est important parce que cela témoigne aussi de l’empathie que vous avez pour lui », épingle le psychologue.
Le C pour Connaissance : Ici, il est essentiel d’y aller assez lentement parce que la charge émotionnelle est très forte et que les patients sont souvent en état de sidération psychologique. « Il faut donc pouvoir être lent et répéter les informations. Il ne faut vraiment pas hésiter à les répéter. Vous pouvez aussi vous assurer qu’il a bien compris et lui permettre de poser ses questions. Et enfin, vous pouvez lui demander s’il souhaite plus de détails sur certains points, ce qui va vous permettre d’être aligné avec ses besoins », commente Martin Delie.
Le E pour Emotion : Cette étape consiste à reconnaître et valider les émotions du patient. « On peut simplement dire « je vois bien que vous êtes choqué et triste, c’est normal, c’est une grosse annonce que je vous fais aujourd’hui’ », suggère le psychologue.
Le S pour Synthèse : C’est le moment de clôturer l’entretien, de planifier un prochain rendez-vous, qui vous permettra de revenir sur certains aspects. «Vous pouvez l’inviter à noter ses questions. N’hésitez pas non plus à lui montrer que vous allez être actif. C’est ce qui va lui permettre de lutter contre l’anxiété. ‘On va planifier ce deuxième rendez-vous, une consultation chez un spécialiste, envisager tel traitement, etc. Bref, on va vous accompagner. Vous n’allez pas être seul, on va vous soutenir dans cette épreuve’ », propose Martin Delie.
L’application de ce modèle permet d’aborder ces moments difficiles avec plus de confiance et d’efficacité, tout en respectant les besoins du patient et en maintenant une communication empathique et professionnelle.