Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité chez les femmes. À la Clinique Saint-Luc Bouge, à Namur, le Dr Nada Lakiss, cardiologue, rappelle que le cœur féminin possède des particularités physiologiques, anatomiques et physiopathologiques qui ont longtemps été insuffisamment prises en compte.
Pendant de nombreuses années, la recherche médicale s’est principalement intéressée au cœur masculin. Jusqu’au début des années 1990, la majorité des essais cliniques en cardiologie étaient réalisés exclusivement chez des hommes. Les symptômes et les traitements ont donc longtemps été établis à partir de ce modèle.
Pourquoi le cœur des femmes est-il différent ?
Le cœur féminin est plus petit et certains mécanismes conduisant à l’infarctus diffèrent de ceux observés chez l’homme. Les artères coronaires, qui apportent l’oxygène au muscle cardiaque, sont généralement plus fines chez les femmes. Les atteintes peuvent également concerner la microcirculation, c’est-à-dire de très petits vaisseaux parfois invisibles lors des examens classiques.
Comme l’explique le Dr Nada Lakiss : « Chez l’homme, l’infarctus est souvent provoqué par une obstruction bien localisée que l’on peut traiter avec un stent. Chez la femme, la maladie est souvent plus diffuse, plus complexe et touche parfois les petits vaisseaux. »
Cette différence peut expliquer pourquoi certaines patientes continuent à présenter des symptômes alors que leurs examens paraissent rassurants.
La ménopause, un tournant pour la santé cardiovasculaire
Avant la ménopause, les œstrogènes apportent aux femmes une protection naturelle. Ces hormones contribuent notamment à maintenir la souplesse des artères, à favoriser un meilleur équilibre du cholestérol et à protéger les vaisseaux sanguins.
Lorsque la ménopause survient, cette protection diminue progressivement. Le métabolisme change : le taux de mauvais cholestérol LDL augmente, la tension artérielle tend à s’élever et la graisse abdominale s’installe plus facilement. Le risque cardiovasculaire rejoint alors progressivement, voire dépasse, celui des hommes.
Le Dr Nada Lakiss souligne : « près de 70 % des femmes présentent une hypertension artérielle après 70 ans. C’est une période charnière où il faut être particulièrement attentive à sa santé cardiovasculaire. C’est souvent à ce moment-là qu’un bilan médical régulier prend toute son importance. »
Des facteurs de risque parfois plus dangereux chez les femmes
Les facteurs de risque classiques restent le tabagisme, le diabète, l’hypertension, l’excès de cholestérol, le surpoids, la sédentarité et les antécédents familiaux. Leur impact n’est cependant pas toujours identique chez l’homme et chez la femme.
Le tabac est notamment particulièrement délétère pour les femmes. Le diabète augmente quant à lui deux fois plus le risque cardiovasculaire chez la femme que chez l’homme.
D’autres facteurs sont exclusivement féminins : diabète gestationnel, hypertension artérielle pendant la grossesse, pré-éclampsie — maladie liée à la grossesse pouvant mettre en danger la vie de la mère et du fœtus — et certaines autres complications obstétricales. Les spécialistes considèrent aujourd’hui la grossesse comme un véritable « test à l’effort » du système cardiovasculaire.
Certaines femmes traitées pour un cancer du sein présentent également un risque cardiovasculaire accru après une chimiothérapie ou une radiothérapie pouvant affecter le muscle cardiaque et les artères coronaires.
L’anxiété, la dépression, l’isolement social ou encore la charge mentale sont aussi décrits comme des facteurs de risque indépendants, particulièrement chez les femmes.
Un diagnostic parfois retardé
Le Dr Nada Lakiss constate : « Malheureusement, nombreuses sont celles qui repoussent leurs propres rendez-vous médicaux. Beaucoup de femmes font passer la santé des autres avant leur propre santé. Mais le problème majeur reste souvent le retard de diagnostic. Parce qu’ils sont différents de ceux des hommes, les signes d’un infarctus féminin sont parfois attribués au stress, à l’anxiété, à la fatigue ou à la ménopause. »
Chaque année en Belgique, environ 17.000 femmes décèdent d’une maladie cardiovasculaire, contre environ 14.000 hommes.
Les symptômes de l’infarctus chez la femme
Les femmes peuvent présenter des signes plus discrets que la douleur intense dans la poitrine irradiant dans le bras gauche. Certains symptômes peuvent apparaître au repos ou pendant la nuit : pression ou oppression dans la poitrine, douleur au niveau de l’estomac ou sensation de mauvaise digestion, nausées ou vomissements, fatigue brutale et inhabituelle, essoufflement, palpitations, douleurs dans le dos ou entre les omoplates, malaise ou sensation d’angoisse inexpliquée.
Si l’un de ces symptômes survient, particulièrement après 50 ans et/ou en présence de facteurs de risque, il est recommandé dans l’article d’appeler les secours ou de consulter rapidement.
Le message du Dr Nada Lakiss est clair : « Les femmes doivent apprendre à écouter leur corps et à ne plus minimiser leurs symptômes. »