L’insuffisance cardiaque touche près de 250 000 personnes en Belgique. Pourtant, cette maladie chronique reste encore méconnue et ses premiers symptômes sont souvent banalisés. Le Dr Philippe Blouard, cardiologue et responsable de la clinique de l’insuffisance cardiaque à la Clinique Saint-Luc Bouge, répond aux questions les plus fréquentes.
« Docteur, qu’est-ce que l’insuffisance cardiaque ? »
Contrairement à une idée reçue, l’insuffisance cardiaque ne signifie pas que le cœur s’arrête de fonctionner.
« Le cœur continue de battre, mais il n’arrive plus à pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins de l’organisme. Il doit travailler davantage, ce qui peut progressivement entraîner différents symptômes et impacter la qualité de vie du patient », explique le Dr Philippe Blouard.
Cette maladie chronique peut notamment être liée à une hypertension artérielle, à un infarctus du myocarde, à une maladie des valves cardiaques ou encore à certains troubles du rythme.
« Quels sont les signes qui doivent alerter ? »
Les symptômes apparaissent souvent progressivement. Ils sont parfois attribués au vieillissement ou à la fatigue, ce qui peut retarder le diagnostic.
Le Dr Philippe Blouard invite à être attentif à plusieurs signes :
- un essoufflement inhabituel, notamment à l’effort ;
- une fatigue persistante ;
- un gonflement des jambes ou des chevilles ;
- une prise de poids rapide liée à une rétention d’eau ;
- des palpitations ou une sensation d’oppression dans la poitrine.
« Si ces symptômes apparaissent ou s’aggravent, il est important de consulter son médecin. Plus la maladie est diagnostiquée tôt, plus nous pouvons agir efficacement. »
« Peut-on vivre avec une insuffisance cardiaque ? »
Oui.
Grâce aux traitements actuels, à une bonne hygiène de vie et à un suivi régulier, de nombreux patients continuent à mener une vie active.
« Aujourd’hui, notre objectif est de stabiliser la maladie, de préserver la qualité de vie et d’éviter les décompensations qui conduisent à une hospitalisation. »
Un suivi qui se poursuit aussi à domicile
À la Clinique Saint-Luc Bouge, certains patients ayant été hospitalisés pour une insuffisance cardiaque peuvent bénéficier d’un programme de télémonitoring, proposé dans le cadre d’un projet pilote financé par l’INAMI.
Chaque jour, ils réalisent simplement une mesure de leur poids et de leur tension grâce à des appareils connectés. Ils peuvent également signaler certains symptômes via une application sécurisée.
Ces informations sont analysées quotidiennement par une équipe spécialisée.
« Plus rapidement nous sommes informés d’une modification de l’état du patient, plus vite nous pouvons intervenir. Dans certains cas, cela permet d’éviter une aggravation de la maladie et une nouvelle hospitalisation », souligne le Dr Philippe Blouard.
Ce suivi vient compléter les consultations de cardiologie et le rôle du médecin traitant.
Les applications santé : toutes ne se valent pas
Les applications utilisées dans le cadre du télémonitoring médical sont prescrites par les professionnels de santé et associées à des dispositifs médicaux certifiés.
À l’inverse, les applications « santé » ou « bien-être » disponibles librement sur les plateformes de téléchargement ne remplacent pas un suivi médical et ne disposent pas toujours d’une validation scientifique.
L’avis du spécialiste
« L’insuffisance cardiaque n’est pas une fatalité. Plus elle est détectée tôt et suivie régulièrement, plus nous pouvons préserver la qualité de vie des patients. »
Dr Philippe Blouard
Cardiologue – Responsable de la clinique de l’insuffisance cardiaque
Clinique Saint-Luc Bouge